Serendipity

orsque soudain, je sentais une présence à mes cotés. Voilà le propriétaire de la chaise de 9 pm. C'était un petit monsieur d'un certain age que je saluais courtoisement tous les soirs sans pour autant lui avoir jamais parlé. Je savais, en le voyant assis au comptoir, qu'il était de petite taille. Mais en le voyant debout à mes coté, je réalisais qu'il était vraiment très petit.

Il portait comme à son habitude un chapeau. A a regarder de près, je réalisais combien ce chapeau était raffiné. Il lui allait parfaitement. Son visage en était naturellement allongé. Ce qui me frappait tout de suite étaient ses yeux. Des yeux vifs et espiègles. Pleines de vie et d'humour. Ces sont des détails qu'on n’aperçoit qu'une fois qu'on parle vraiment aux personnes.

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Comme frappée par la foudre, je sautais de la chaise pour lui laisser ma place. Le tout accompagné d'un énorme sourire. Et sous le regard attentif de Jack.

C'est alors que le monsieur faisait des signes de refus énergiques de ses deux mains. Il regardait le tabouret avec un air dédaigneux comme s'il ne voulait plus jamais y prendre place. Et il me dit dans un anglais hachuré "Gentille Lady, restez svp assisse."

Serendipity ou algorithme?

Chiffres, données, big data, calcul, monitoring, autant de mots qui bourdonnent quotidiennement dans nos têtes. Alors se pose la question du hasard, de l'aléatoire. de l'impromptu. De l’ouverture à l'autre, des possibilités que la vie nous offre.

La tyrannie du chiffre, du numérique, de la vie digitale. Et puis cette transition entre la vie numérique et la vie réelle. Une connexion.

Ensuite, l'intensité. Un algorithme reste factuel. I peut certes créer des happenings pour nous, mesurer, monitorer, nous indiquer, mais c'est nous qui vivons, donnons du sens et de l'intensité aux moments de la vie.

6 rencontres presque improbables

Le tailleur de 9 heures

La dame en blanc

L’ange tatoué

Smashing Broadway

Justine

La muse d’Andy Warhol

Le doigt divin

Le tailleur de 9.30 pm

Upper West Side New York

Les soirs après mon travail, je traversais la City et remontais à pieds de Grand Central Station à la Upper West Side. Jusqu'à mon appartement à la 96 Street. Près du Parc et surtout près de Cleopatra's Needle. Mon club de Jazz favori dans Big Apple.

A cette époque Miri Ben Ari y jouait de son violon endiablé des airs envoûtants. Une découverte « out of the blue », sortie de nulle part, dans un petit club de jazz sans prétention. La première fois, quand j'avais découvert le club sur Broadway et 93 Street, j'ai tout de suite recherché la signification de son nom. Et l'histoire de "L'aiguille de Cleopâtre" raconte deux origines : d'abord les 3 obélisques égyptiens érigés au 19ième siècle à Londres (City of Westminster), Paris (Place de la Concorde) et New York (Central Parc près du Metropolitan Museum of Arts). Bien entendu, ces obélisques n'ont aucun rapport avec Cléopâtre. Mais c'est plus vendeur. Aussi pour le nom de ces fleurs de champs majestueuses en forme d'épis jaune d'or d'une trentaine de cm qui fleurissent en mai-juin aussi connues sous le nom de « cierge du désert », « lis queue de renard » ou encore « aiguille de Cléopâtre ». Et enfin pour l'histoire, toujours plus juteux, l'aiguille de Cléopâtre serait la fameuse arme par laquelle elle aurait été empoisonnée. l'aiguille de Cléopâtre Cleopatra's Needle, il attirait des personnes, jeunes et vieux, noires et blanches, mais surtout des amoureux de beaux moments.

Les personnes qui fréquentaient l'endroit étaient surtout des habitués. Après un certains temps, nous formions ne petite famille qui se saluait sans pour autant se côtoyer. Chacun respectait le désir de calme de l'autre. Notre maître à tous était le barman Jack, gentil sans être invasif, il connaissait les habitudes d'un chacun.

Tus les soirs, il y avait deux monsieurs d'un certain âge assis à leur place de prédilection. Tranquilles, ils venaient pour la musique excellente dans ce petit endroit.

Et chacun avait ses habitudes. Un soir j'arrivais un peu plus tard du travail, après une journée un peu compliquée. Et le jazz était parfait pour décompresser, donc j'allais à la Needle. C'était bondé. Impossible de trouver une place au comptoir. Sauf au bout près e la scène, il y avait un tabouret libre.

A peine installée, Jack accourait et me disait que la chaise était réservée. "Tu sais, le petit monsieur qui est là tous les soirs. C'est sa chaise à partir de 9 pm."

"Ah oui, bien sur, pas de souci. Tu sais quoi, je m'installe le temps qu'il arrive et je lui laisse sa place. Comme ça t'as pas besoin de virer constamment les personnes de cette place." Il trouvait que c'était une excellente idée.

Donc je m'installais avec en prime un petit whisky sour bien shaké. Comme d'habitude, la musique était excellente, l’atmosphère entraînante et je fus tellement contente de vivre à New York.

Lorsque soudain, je sentais une présence à mes cotés. Voilà le propriétaire de la chaise de 9 pm. C'était un petit monsieur d'un certain age que je saluais courtoisement tous les soirs sans pour autant lui avoir jamais parlé. Je savais, en le voyant assis au comptoir, qu'il était de petite taille. Mais en le voyant debout à mes coté, je réalisais qu'il était vraiment très petit.

Il portait comme à son habitude un chapeau. A a regarder de près, je réalisais combien ce chapeau était raffiné. Il lui allait parfaitement. Son visage en était naturellement allongé. Ce qui me frappait tout de suite étaient ses yeux. Des yeux vifs et espiègles. Pleines de vie et d'humour. Ces sont des détails qu'on n’aperçoit qu'une fois qu'on parle vraiment aux personnes.

Comme frappée par la foudre, je sautais de la chaise pour lui laisser ma place. Le tout accompagné d'un énorme sourire. Et sous le regard attentif de Jack.

C'est alors que le monsieur faisait des signes de refus énergiques de ses deux mains. Il regardait le tabouret avec un air dédaigneux comme s'il ne voulait plus jamais y prendre place. Et il me dit dans un anglais hachuré "Gentille Lady, restez svp assisse."

Intimidée par le regard toujours persistant de Jack, je lui disais que j'avais seulement pris place pour un petit instant. Ce tabouret lui était réservé.

"Non, non, je veux rester debout et vous devez rester assise. Faites-moi svp ce plaisir."

À vrai dire, j'aurais été beaucoup plus à l'aise si le Monsieur se serait assis, pour sa propre stabilité mais aussi pour ne pas gâcher mes relations diplomatiques avec l'élément central du bar, le barman.

Mais le Monsieur au chapeau était catégorique. Il refusait de prendre place. Donc après d'^âpres négociations, nous trouvions un compromis, qui le satisfaisait. Il restait debout et moi assise. Ce qui n'était aucunement un compromis mais un accord. Mais soit.

Visiblement très heureux dans son trois-pièces sur mesure, il me demandait très galamment s'il pouvait m'offrir un verre. Ce que j'acceptais avec gratitude. Il se présentait comme Gerhard avec un H. Il était Allemand, réfugié dans les années 40 du siècle dernier à New York. "Vous savez, nous les Juifs, nous n'avions pas d'autre choix". Et il me racontait son histoire tellement triste que j'avais du mal à retenir mes larmes.

Qu'il avait exercé toute sa vie son métier de tailleur. Qu'ici à New York il avait atteint les sommets de son art. Avec une clientèle très aisée et une éthique de travail rigoureuse. J'avoue que ces mots m'avaient fortement marquée. Des mots simples, prononcés lentement mais avec du poids.

Le petit Monsieur était un grand Homme. Depuis des années il était veuf et venait à la Needle pour mieux vivre sa solitude. La musique était devenu un élément crucial dans sa vie.

A vrai dire, j'avais rarement rencontré un monsieur aussi poli, délicat et généreux que Gerhard. Son élocution était aussi raffinée que le choix de ses étoffes ou la coupe de son costume. Il dégageait une élégance folle.

Nous parlions pendant des heures et Gerhard restait droit comme une bougie à coté de moi. C'était remarquable. Mais je fus quand même heureuse quand le tabouret à coté se libérait. Jack aussi.

Jack observait d'un regard amusé le déroulement de cette rencontre. Il était plus intéressé par les ingrédients de nos discussions que le mix de ses cocktails.

Vers la fin de la soirée, Gerhard me demandait avec beaucoup de délicatesse et une grande timidité: "Est-ce que vous me feriez l'honneur de vous inviter à mange? Bien entendu, selon vos disponibilités. Sachez que je suis pleinement conscient qu'une jeune femme comme vous a sûrement autre chose à faire que de passer du temps avec un vieux monsieur comme moi. Donc je ne serais pas du tout fâché si vous décliniez."

" Mais je tente quand même ma chance." ajoutait-il avec un petit sourire.

Oui, j'étais prise de court par sa proposition et pour un court instant je ne savais quoi dire. Et puis j'ai accepté avec un grand sourire. Rendez-vous donc la semaine prochaine à la Needle pour un dîner à deux. Il allait s'occuper de tout. Fallait juste que j'arrive à 9 pm.

Une semaine plus tard. 9 pm. Cleopatra's Needle. Upper West Side. Je me rendais sur le lieu de notre RDV. J'y courais un peu car j’avais eu un petit contre-temps au travail. Avec un petit retard de 10 minutes me voilà à Cleopatra's Needle.

Comme à l'habitude, la Needle était pleine à craquer. Très cosy de l'extérieur et encore plus cosy à l'intérieur. Des petites lumières jaunes éclairaient les tables dressées avec beaucoup de soin. C'est une image de calme et de sérénité qui se dégageait du bar quand on le voyait de l'extérieur. C'est ainsi, attirée par cette atmosphère intimiste que j'ai découvert Cleaopatra's Needle, un soir en déambulant sur Broadway.

9.15 pm, je poussais la porte et Jack me fixait tout de suite d'un regard taquin. Il ne pouvait s’empêcher un petit sourire malicieux.

De la tête il pointait vers une petite table joliment dressée près de la grande fenêtre qui donnait sur Broadway. Joliment dressée, il y avait une belle nappe blanche, des fleurs et des verres de toutes tailles.

Et assis, le dos tourné vers la scène, il y avait Gerhard. Bien entendu, en parfait gentleman, il m'avait laissé la place avec la pus belle vue. Lorsqu'il m'apercevais, il se levait comme une flèche. Il avait l'air tellement heureux.

Je remarquais immédiatement son costume élégant. Simple, mais d'une grande classe. Il était parfait.

Je m'excusais pour mon léger retard. Mais il ne semblait pas m'écouter. ll souriait sans interruption. Une fois assise, il demandait ce que je désirais boire et commandait. En parfait gentleman, il s'occupait de tout sans pour autant écraser ou diriger mes souhaits. C'était parfait.

Cependant, j'étais intriguée par son sourire constant et continu. Tout à coup, il me dit "Je dois vraiment vous remercier d'^être venue ce soir. Vous n'imaginez pas quel plaisir vous me faites."

Et avec son air malicieux, il continuait "En fait, j'avais raconté à mes amis, de vieux monsieurs que je connais depuis une éternité, que j'avais invitée une jeune dame à dîner. Ils étaient tous pliés en deux et depuis une semaine ils n'ont pas arrêté de me chamailler. Le clou, ils ont même parié. Oui, ils ont parié que vous ne veniez pas. Alors vous imaginez bien ma joie quand je vous ai vue franchir cette porte. J'ai gagné gros cette soirée, disait-il en éclatant de rire.

"Vous avez tenu parole. Merci!"

Je me rappelle encore de mon énorme éclat de rire à cette annonce. Pendant toute la soirée nous trinquions aux perdants et aux moments précieux de la vie. Nous célébrions un moment hors du commun où nous philosophions jusqu'à la fermeture sur le destin, le vie et les moments précieux de la vie.

"Je suis tellement content maintenant car vous m'avez fait passé une des meilleures soirées depuis bien des années."

Morale:

L'humour et la bienveillance d'un homme qui avait beaucoup souffert dans sa vie. Et l'ouverture à la vie, toujours et encore.

Par cette sorte de Serendipity décalée, retardée. Comme si elle n'était déclenchée qu'au moment où ELLE était prête.

La capacité à générer de l'intensité. Cette rencontre m'a montré comment des moments simples peuvent être vécus intensément. L'intensité


La dame en blanc

Broadway, New York, architecte d'intérieur

New York, Broadway.

Une de mes occupations favorites est le "strolling". Déambuler lascivement dans un endroit connu ou inconnu et se laisser surprendre par enchaînement fortuit des choses.

Vers 18 heures, le trafic est à son comble sur Broadway. Une fourmilière d'individus qui se croisent et se recroisent sans jamais en prendre conscience.

C'est dans un tel moment d'omni-possibilités qu'un feu rouge fait s'arrêter deux inconnus côte à côte.

L'image qui s'offre à moi était saisissante. Une septuagénaire dans un fauteuil roulant d'un blanc immaculé. Pour couronner le tout, la dame portait un manteau de fourrure blanc assorti à ses cheveux blancs. La beauté de son visage impérial me rappelait immédiatement le visage stoïque et xxx d'Ingrid Bergman dans la reine Christine. Un certain stoïcisme se dégageait de cette femme emprisonnée dans son fauteuil de fer. Et pour amplifier son apparition out of space, venue d'une autre planète, elle transportait sans son panier attaché au devant de son fauteuil électrique, deux petits chiens blancs du genre caniche. Cette image définitivement frappante s'est ancrée dans mon esprit. Et pour cause car ce halo était fort déstabilisant et surréaliste parmi les jeux de lumières des enseignes publicitaires et voitures sur Broadway. Ou bien était-ce l'assemblage de ces éléments incongrus, fauteuil, Ingrid Bergman et chien de garde identiques, Magnum version frime.

Le feu tourne au vert et les gens avancent, tous. Sauf elle. Voilà que son fauteuil coinçait. Faut pas oublier qu*on est à New York et que personne ne s'arrête. La voyant se démêler avec sa chaise électrique, je lui propose de l'aider. Aide qu'elle accepta avec stupeur mais véritable joie.

Premier contact oculaire avec l’ « apparition ». Me voilà frappée par ce regard clair et jeune qui semble s'amuser de ce contretemps. Les chiens, eux restaient imperturbables.

Nous voilà qui traversons la route. Nous poussant vers un destin insoupçonné. C'est ce qu'on appelle "prendre en main son destin".

La traversée se passe à merveille et arrivées de l'autre coté, elle me remercie vivement pour mon geste spontané. Arrivées de l'autre côté de la rive, elle me demande avec un fort accent européen "Avez-vous quelque chose à faire maintenant?". Surprise par la nature très directe de sa question, je lui réponds que non. Que je strollais.

"Ah bien! Voulez-vous m'accompagner? Je vais m'acheter une nouvelle télévision. La mienne à lâché son ^âme." Bonne idée me suis-je dit. Une proposition très insolite qui méritait toute mon attention.

Acheter un poste de télévision le soir sur Broadway, avec une parfaite inconnue en fauteuil roulant avec comme figures de proue deux chiens blancs (style caniches nains). Fallait voir le convoi...exceptionnel.

Nous voilà qui nous dirigions vers la 72e rue, coté Hudson River. Plusieurs petits commerçants d'électroniques s'y trouvaient à l'époque. On arrive.

Sitôt arrivées, une vive discussion s'installait entre le petit homme nerveux et la pilote. Visiblement, elle n'était pas une inconnue.

La commande était telle: "J'ai besoin d'une télévision pour ce soir. En avez-vous des blanches?" Aaahhhh, je commencés à me délecter de cette rencontre que je soupçonnais pleine de rebondissements, sauf chromatiques.

Elle passait les appareils en revue telle une générale ses troupes. Et d'un signe bien précis, elle choisissait la sienne. "A livrer chez moi svp, ce soir". Je l’aurais prise, mais Victor et Hector sont dans leur panier. S'ensuivait une négociations animée pour le prix. Encore une fois, je me trouvais complètement surprise par l'énergie volcanique de cette femme en blanc.

Au seuil de la porte, elle me demande si j'avais déjà mangé. Elle avait faim et ma compagnie lui plaisait, me disait-elle.

Oui, vous avez faim et nous allons manger ensemble. Juste à coté il y a mon ami un tel, il fait la meilleure soupe Borscht de New York. Et puis du Pastrami et un peu de légumes, Vous allez voir, nous allons nous régaler... "To go please". Nous allons manger chez moi. Ça ne vous dérange pas? Ah, l'affaire s corsait. Comme je n’avais jamais l'habitude de rentrer avec quelqu'un d'inconnu, je lui faisais savoir ma préoccupation. "Vous m'invitez chez vous et vous ne savez pas du tout qui je suis. Je pourrais être une psychopathe spécialisée sur les femmes âgées en fauteuil roulant avec deux chiens. Plus sérieusement, je ne pense pas que je vais monter chez vous. Elle semblait très surprise par ma réaction tout à fait réaliste et qui tranchait avec le caractère loufoque de notre situation.

Visiblement surprise et déçue par mes dires rationnels, elle qui maîtrisait l'art de la négociation, me proposait un marché.

Entre temps, nous étions devant sa maison. J'avoue que l'adresse m'avait depuis mon arrivée à Manhattan intriguée. The Apthorp, situé sur la 79ème rue, en parfait style de pierre de taille, était une des adresses légendaires de New York où l’on ne rentrait pas. Mais où tout le monde voulait entrer... DILEMME.

The Apthorp histoire

Dilemme entre ma curiosité incontrôlée et mon instinct de sécurité. Et en fine psychologue, elle avait parfaitement saisi mes réflexions sourdes.

Sa proposition était la suivante et vous pouvez bien mesurer l'intelligence de la dame, dont j'ignorais encore le nom. Mais connaissais l'adresse.

""Vous voyez le concierge? " qui, fut portait son costume sur mesure, ses gants blancs et sa casquette assortie à merveille."

Vous montez avec moi et nous donnons votre nom aux deux concierges. Si vous n'^êtes pas descendue dans maximum deux heures, ils vont monter à l’appartement." Bon, Je dois avouer que cette proposition était bien gentille, mais ne me satisfaisait aucunement, car encore trop perméable par le doute d'une personne méfiante. Mais, ce fut ma curiosité qui prenait le dessus et répondait à la dame: " Ok, that's fine with me". D'ailleurs, une drôle de voix cette voix de la curiosité. Empressée, et un peu plus haute que ma voix habituelle.

Le voilà reparti, le convoi plus qu'exceptionnel. Et nous nous dirigions dans cette cour intérieure, absolument magique en pierre de taille et balcons fer forgés du Apthorp, pour arriver auprès d'un ascendeur privatif.

Nous montons, les chiens devenant de plus en plus agités, moi aussi... Et la porte s'ouvre.

Même dans mes écrits les plus fous, je n'aurais osé imaginer la vue qui s'offrait à mes yeux. Mais c'est la vérité qui dicte ces lignes. Oui, la métaphore filée du blanc continue.

La porte d’ascenseur s'ouvre sur une anti-chambre en marbre... blanc avec vue sur un salon blanc et un immense piano à queue parfaitement blanc. Le Kilimandjaro à New York. Tel un alpiniste, j'étais éblouie par l'éclat du blanc sur blanc. Et tout de suite, un sourire aussi léger que la neige me caressait le visage. La situation était plus que parfaite, dans sa construction de l'absurde qui se poursuit d'étape en étape.

Toutes les portes étaient ouvertes à part celles de droite, près de l'entrée. Elle hésitait un instant et puis l'ouvre. Ce que je vois alors, me consterne. Une veille bibliothèque à l'anglaise. Remplie jusqu'au plafond de livres, le bois d'un marron éclatant me déstabilisait dans cet univers immaculé. La craziness de l'endroit tranchait avec le froid et le brillant des pièces avoisinantes. Interdiction d'y entrer. "Cette bibliothèque était le lieu sacré de mon mari". C'est un lieu à part dans cet appartement. C'est lui qui la voulait ainsi, soupira-t-elle. Comme s'il fallait s'excuse pour ce mauvais go^ut. Pour ma part, je trouvais cette réaction très rafraîchissante. Un élément de rupture dans un univers remastérisé. Excellent!

Une fois la porte du sanctuaire fermé et l'explication sur le mari défunt terminée, notre périple continue. Avec en t^été une information supplémentaire: elle était architecte d'intérieur pour la haute société New new-yorkaise. C'est vrai que l'idée du concept, elle l'avait.

C'est alors qu'elle se levait de sa chai roulante pour marcher paisiblement dans la cuisine. Nous avons tous vu des scènes de film où soudain l'infirme se lève de sa chaise et devient un meurtrier cruel. J'avoue qu'une telle scène effleurait mon esprit un peu alerté vire affolé. En plus, elle se dirigeait vers la cuisine, là où se trouvent tous les ustensiles pour couper, effiler, hacher et trancher...

Puis je me disais que ça allait faire beaucoup trop de rouge sur le blanc et je fus rassurée. Drôle de machine, notre cerveau!

Me voilà persuadée que j'avais trouvé la pépite d'or. Cette personne était extraordinaire. Elle faisait les choses les plus déphasées avec le plus grand aise.Une sorte de léger té naturelle dans l'à part.

Nous voilà assises dans la cuisine, un endroit assez... clair, pour ne pas dire banc. "Que voulez-vous boire? Du vin? J'ai un succulent vin blanc!" extraordinaire m'écriais-je car je fus saisi par une sorte de transe. Rien ne devait à présent déranger l'ordre des choses. oui, j'étais enivrée même avant d'avoir goûté à son vin blanc. Ivre de blanc. Oui, j'étais ivre de blanc!

Et elle papotait. Trouvait fantastique qu’on s'était rencontrées devant un feu rouge. Que je venais du vieux continent, sa propre patrie. La Suède pour elle. Le Luxembourg pour moi. Nous mangions nos repas emportés avec beaucoup de plaisir. t soudain, elle me disait qu'elle voulait absolument me "Jeter une fête tonitruante afin de me m'introduire dans la société New new-yorkaise et surtout pour me présenter au beau New York." Toute personne normalement branchée aurait été aux anges. Moi, je fus saisi d'une horreur, panique, peu, angoisse subites mais très fortes. Mon souffle s'arrêtait pour un instant. "Ah non. A quoi bon? Mais pour qui se prend-elle? Mais je ne veux pas rencontrer ces personnes. Non non non..." Je voulais partir. Je voulais lui dire que je n'avais nullement envie de devenir un projet. Et puis, comment dire gentiment à quelqu'un d'enthousiaste et manifestement généreux qu'on ne partage absolument pas son idée géniale?

Oui, puis, nous allons monter cette fête grandiose pour votre anniversaire. C'est quand votre anniversaire? Ah, parfait, en mai, nous pourrons utiliser un roof top. Ce sera extraordinaire.

J'en étais terrifiée.

Elle en était déjà à dresser la liste des invités. Le thème. Oui, il faut un thème! Oui, nous allons nous concentrer sur le vieux continent, l'Europe, faire venir toutes les délicatesses, fromages, vin, dessert... Et pourquoi pas le château de Versailles, me demandais-je tranquillement. Elle vivait une explosion cérébrale. Et je la vivais en directe.

Comment freiner cette éruption? Surtout ne pas attiser ce feu. Essayer les arguments rationnels du genre "tout le monde sera parti", "personne n'y trouvera aucun intérêt" (ce qui était le cas!!!!). Mais bon, pour quelqu'un qui est déjà parti aussi loin dans son délire, la logique est tout à fait contre-productive. Deuxième option: La laisser parler jusqu'à épuisement? Là encore, je risquais de me méprendre sur le niveau d'adrénaline dans son corps. Cela pourrait durer longtemps

Option suivante: Faire de la diversion.

Oui, cette tactique me paraissait au moment donné avoir un potentiel de réussite supérieur aux autres options. Je regardais discrètement autour de moi, car je ne voulais pas trahir ma stratégie. Et soudain j’aperçois, sur le rebord de la fenêtre de la cuisine une photo. Robert Redford. Un jeune homme, au sourire Colgate blanchissime, des cheveux parfaitement coiffés garnissant un visage de dieu grec. Parfait! L'objet me semblait parfait.

"Wow, quel bel homme!"disais-je. Irritée, elle tournait sa tête vers l'objet de mon étourdissement. Elle s’arrêtait net dans sa planification de mon anniversaire, déjà très avancée.

Et voilà que ses eux brillaient d'un éclat des mille et une nuits. Ravie de la réussite de mon opération d'égarement, je commençais cependant soupçonne un revirement. Elle était trop contente...

"Oui, c'est mon fils Alex."

"Ah oui, il a vraiment quelque chose de Robert Redford"

"Oui, il a beaucoup de succès auprès des femmes"

"J’imagine"

"Étés-vous mariée?"

--

Consternation de ma part. Voilà que mon idée brillante de diversion tactique prenait progressivement la dimension d'une catastrophe supérieure.

"Donc, êtes-vous mariée?" insistait-elle.

"Non" "Non, et je n'ai pas envie de l'être pour l'instant" lui rétorquais-je.

Bien entendu, elle était déjà lancée sur le future mariage. Nettement plus fructueux que cette petite fête d’introduction dans la société new yorkaise. Ici on pouvait l’annoncer au New York Times, inviter les pontes politiques, artistiques, intellectuels et autres de Ne York, du monde et des galaxies avoisinantes.

Ça devrait être l’exposition prolongée au blanc. Le cerveau glisse très rapidement sur du nouveau et ne s’arrête plus. Enfin, je n'en savais rien. Ce que je savais c'est qu'il fallait que je sorte de ce mariage.

Elle me demande où je travaillais, pour l'annonce... Booz Allen & Hamilton (à l'époque, maintenant Booz & Co). Un des leaders mondiaux en management consultation, lui dis-je en guise d'explication. "C'est pas POSSIBLE!!!" s'écria-t-telle. "C'est le destin" (et là on parle de destin, pas de Serendipity.) "Oui, oui, je sais, dit-elle. Alex y travaille aussi. Au bureau de San Francisco. Si ce n'est pas un signe.

Sa joie fut monumentale. Mon désarroi abyssal.

J’appellerai Alex ce soir et lui dirai.

Oh non, pensais-je, mais qu'est-ce qu'elle va lui dire. Elle partait en vrille avec son histoire de mariage entre le nouveau et le vieux continent.Un mariage en blanc.

En quelque sorte la soirée s'est achevée sur du vin, je ne me rappelle plus très bien. Aussi les mots qui succédaient se sont effacés de ma mémoire. Je me rappelle seulement lui avoir donné mon numéro de téléphone et avoir pris le sien. Ensuite j'ai vu les gants blancs du concierge à la sortie du majestueux Apthorp.

Le lendemain, au travail, je n'en revenais toujours pas de mon aventure avec la dame en blanc. Chaque sonnerie du téléphone me faisait sursauter.

Et après un matin d'appels incessants, je décroche un n-ième appel.

"Hello is it Katja?"

"Oui, c'est elle"

"Bonjour, ici Alex du bureau de San Francisco"

"Bonjour"

"Je vous appelle comme vous avez fait connaissance de ma mère hier"

"Oui, une personne remarquable"

"Ok, j'aimerais vous dire une chose et que ce soit clair. Ma mère est une femme riche et vous n'aurez aucune chance de vous approcher d'elle pour son argent. Croyez-moi, nous sommes là et veillerons sur elle. Vous n'aurez strictement rien. Ni de fête et surtout pas de mariage!"

Inutile de dire que j'étais bouche bée...

"Monsieur, votre mère est unique et vraiment gentille. Vous ^êtes sur d’être le fils de votre mère? Vous venez à l'instant de vous rendre complètement idiot. Bonne journée à San Francisco!" Et je raccrochais.

Voilà que le soufflé était retombé à la vitesse d'un éclair blanc.

La dame en blanc, je ne l'ai plus revue. Ses chiens non plus. Ni sur Broadway, ni dans l'Apthorp.

Morale de l'histoire:

La Serendipity est une histoire à deux ou qui se voit seul.

Du moment que la raison, le chiffre, le cerveau s'en mêle elle disparaît. Sa magie est incompatible avec la rationalité, la pensée intéressée et calculée. Plus d'information sur la nature de la Serendipity. Ce qui l'occasionne et ce qui la fait disparaître.

Un catalyseur du hasard heureux est l'ailleurs. Ailleurs comme être détaché, avoir de la hauteur, suive son chemin même si celui-ci n'est pas tracé. C'est alors que de multiples croisements s'offrent à nous. Soit on est ouvert, susceptible, soit on passe. Ensuite c'est du stop&go. On s’arrête et on avance. La Serendipity n'a pas de rythme. Ou peut - être son propre rythme. Mais pas un rythme séquencé. Il n'y a pas de début. On arrive en plein milieu de quelque chose.. C'est pourquoi elle est souvent si intense.

Un hasard heureux.

elle parait décousue, non séquencée, mas elle est toujours pleine. Peut-être parce qu'elle est vécue à l'état brut. Pas besoin de réfléchir. La réflexion est rétro-respective. Dans un état de Serendipity, chaque situation, phénomène est vu tel qu'il est. Il n'a pas encore été brassé par la logique de notre cerveau qui nous arrange le chaos des événements en suites logiques. Ainsi la vie nous parait parfaitement vivable et métrisable. Caleb en parle dans son livre "The Black Swan"- the predictable unforseeable.

La Serendipity agence les événements dans un ordre d'apparition positif ou qui le sont pour nous.

elle est éminemment personnelle car un impératif est le coté positif, heureux des événements. Or le positif ou le heureux se définit pour un chacun de façon différente. En fonction de ses valeurs, vécus, espoirs, aspirations et attentes. Cet ensemble hautement indéfinissable et constamment muable, fait de la Serendipity un phénomène dans le pur sens grec du terme. Les choses positives se dévoilent à nous. Si et seulement si nous restons ouverts. Les yeux et l'esprit.

improbable

enchanteur

intense

vivifiant

brut

envoûtant

unique

addictif

La Serendipity transcende les créations humaines telles la logique, le séquentiel, l'analytique. Donc l'algorithme.

La question qui se pose: est-ce que la Serendipity est toujours liée à des personnes? Non. Aussi à des situations.

Est-ce que tout le monde peut causer, vivre, provoquer, déclencher a Serendipity? Non! Faut une sensibilité à l'ouverture. Du moment que le contrôle rationnel, chiffré s'installe, elle disparaître.

Le contraire du algorithme. Un algorithme peut-il générer le hasard? Oui. Un multitude de données analysées et agrégées peuvent créer de nouvelles données, fortement improbables. Des algorithmes créent de la musique, font de la poésie, trouvent des remèdes à des maladies.

Existe-t-il une différence entre le hasard généré par un algorithme et le hasard heureux de la Serendipity? Oui.

Comme dirait Yankelevitch: Le je ne sais quoi du presque rien.

Définition Serendipity

Histoire Serendipity

Secteur Serendipity

Plus que jamais un sujet d'actualité avec la prise de pouvoir voire l'usurpation des sacro-saints algorithmes dans notre vie de tous les jours. Livre Isabelle xxxx chiffres, calculs etc

L'ange tatoué -

New Orleans House of Blues

7 pm. Dans une heure le concert commence. Un concert de Marva Wright, la grande chanteuse de Blues. The Queen of Blues comme la surnomment les habitants de la Big Easy. Ou encore BMW. Big Marva Wright. C'est vrai qu'elle a le plus fantastique des coffres vocaux.

Ce soir, j'ai de la visite d'amis luxembourgeois. Ils préfèrent déambuler dans le French Quarter. Pour ma part, pour rien au monde je ne manquerais un concert de ma chanteuse locale préférée. Les gens arrivent au rythme Big Easy. Sans se presser. Avec 98% d'humidité dans l'air, les mouvements sont lents et l'esprit frivole.

A mon arrivée, l'ambiance du presque-prêt est plus électrique que jamais. Petites tables rondes en bois, lampes tamisées, odeur de bière mélangée à une fraîcheur artificielle de l'air conditionné.

Quelques mois plus tôt j'avais déjà rencontré Marva Wright. Dans le fameux Maple Leaf Bar. J'´tais assise tranquillement au comptoir avec ma Abita Beer qu'une dame se met à coté de moi et commande une assiette de chicken wings. Visiblement connu par le barman, elle dégustait les ailes de poulet à la New Orleans, c'est-à-dire avec les mains et en laissant dégouliner la sauce de partout. En voyant ce plaisir de manger, je lui souhaite un bon appétit et lui demande si elle était là pour le concert. "Ma fois oui" ("Heck yes!). "Ah, je lui dit que j'attendais avec impatience la chanteuse Marva Wright, que je n'avais encore jamais vue ni entendue. Elle me répond qu'elle était extraordinaire, car c'est elle Marva Wright. Je n'en revenais pas. J'étais assise au comptoir avec Marva Wright qui mangeait des chicken wings. Serendipity.

Bien entendu nous commencions à nous entretenir. "Comment t'appelles-tu?" me demande-t-elle.

"Katja"Un énorme éclat de rire suivi de "But what the heck is that for a name?" (Mais c'est quoi comme nom ça?)

Je lui disais que je venais du Luxembourg. Et voilà qu'elle me répond qu'elle connaît bien le Luxembourg. Nice little country with friendly people. (Petit pays sympa avec des personnes gentilles)

Très surprise de rencontrer quelqu'un à la Nouvelle Orléans qui connaît bien le Luxembourg ne faisait que renforcer l'idée qu'elle était ma chanteuse préférée. Sans l'avoir entendu. Et la suite m'a donné raison!

Ma soirée au House of Blues. Six mois plus tard, j'attends le, entre temps, énième concert de Marva Wright.

Une seule table de libre devant la scène. Et elle est pour moi celle-là. Je choisis une des 4 chaises, ayant une vue et ouie parfaite, et me voilà en face du micro doré de la chanteuse divine.

Je réponds par un grand sourire...à la chance.

Voilà que quelques notes annonciatrice s'échappent de la scène. Les gens commencent à se placer. Et tout à coup je sens une présence à mes côtés.

"Excuse me s this chair available?" (Excusez-moi, cette chaise est libre?). Je lève la tête est peine à croire ce qui s'offre à mes yeux.

Une présence vitale, chauve portant un long habit noir jusqu'au sol. Sur la tête un serre-tête avec deux cornes rouges. Et mille piercings qui couvrent l'ENSEMBLE du visage. Ignorant s'il s’agissait d'un homme ou d'une femme, je répondais le plus naturel du monde. "Mais bien sur!" Self-contrôle extrême.

La "présence" semblait être aussi surprise par le naturel de ma réaction que moi paralysé par le surnaturel de cette apparition.

À la voix je reconnaissais une femme.

Elle s'assoit à la table et bien entendu plus personne ne voulait déranger cet assemblage bizarre durant la totalité du concert.

Pour enclencher la discussion, elle exprimait sa gratitude d'avoir trouvé une place au devant de la scène pour sa chanteuse préférée... Je ne pouvais qu’être d'accord.

Ensuite elle me demandait si elle pouvait m'offrir un verre entre aficionados de Marva Wright. Je déclinais gentiment ayant déjà ma propre boisson. Puis elle me remercie de ma réaction suite à son apparition. Une réaction très rare me disait-elle. En général les gens s'enfuient ou lui font des remarques désobligeantes.

Oui, lui disais-je, et avoue qu'une question m'était quand même directement venu à l'esprit quand je l'apercevais pour la première fois.Une question d'hygiène: " Comment elle allait nettoyer ou garantir la propreté de ces centaines de diamants. Étaient-ce des diamants?"

Elle: " Oui, ce sont des diamants vrais, une véritable fortune!" m'avouait-elle. Et oui, la question de l'hygiène est cruciale. Tous les soirs, elle enlevait chaque diamant pour le nettoyer de la journée. Un travail de titan. Mais essentiel, disait-elle.

Cette approche très médical ne faisait que attiser ma curiosité, car le coté bohémien était quelque peu cassé. Il se cachait autre chose derrière cette présence.

Et je ne pensais pas avoir raison tout de suite. "Je vous montre quelque chose" me dit-elle. Et elle se retourne, et voilà que l'ensemble de son dos était nu. Enfin presque. Sur la totalité du dos étaient tatoué deux énormes ailes noires. J'en revenais pas. C'était tellement énorme, mais beau aussi. Si l'on considère l’œuvre d'art en soi.

Elle voyait ma consternation, cette fois. Et en était ravie car ma réaction était à la grandeur du tatouage. Et là, je comprenais aussi les cornes rouges.

En face de moi j'avais une allégorie de l'ange déchu. Rien que ça.

"My name is Angel"

"My name is Katja" - "mais qui s'appelle comme ça, me suis-je dit. C'est d'une fadeur.

"Je suis une tatoueuse professionnelle. En fait j'étais la première tatoueuse diplômée de la Californie et des États-Unis". Je suis venue à la Nouvelle Orleans comme ma relation avec mes parents, surtout mon père psy, était devenue trop difficile."

Et elle continuait de raconter sa vie, mais avec une telle intelligence et beauté des mots. C'était divin. J'avais en face de moi une véritable artiste business woman. Car elle était propriétaire du salon de tatouage le plus réputé du French Quarter mais aussi de plusieurs autres magasins niches.

En femme avisée, elle a rapidement compris, une fois à la Nouvelle Orléans, que les blancs, riches et natifs avaient une préférences pour les chiens. Une sorte en particulier: les chihuahua. Elle avait fait une étude de marché jusqu'où ces "maman et papas" iraient pour chouchouter leurs "enfants".

Et voilà qu'elle ouvrait son premier magasin d'accessoires pour chihuahua. On y trouvait tout. Des petites bottines, de la fourrure fausse et fun, des décorations de saison, des lunettes de soleil, des brosse à dents. Bref tous les ustensile impératifs et chers!

Son premier magasin, me disait-elle, était un tel succès, qu'elle en ouvrit un deuxièmes et tous les riches excentriques de la Big Easy y avaient leurs habitudes. Quelle génie, cet Angel!

Et toi alors? Et oui, moins folklorique je lui racontais que j'étais enseignante à l’université de Tulane pour les niveaux de Master. Et qu'en même temps je suivais des cours de MBA à la AB Freeman Business School. Où j'avais présenté on projet de Flexi-Spoon pour bébé, une cuillère flexible pour enfants. Même avec mon projets de casinos mobiles, qui amusait beaucoup le professeur manifestement aussi un joueur comme 80% de la population de la Louisiane, de l'Alabama avoisinant, je n'arrivais pas au niveau d’excentricité de Angel.

Accessoirement, il y avait aussi Marva Wright qui chantait. En quelques minutes, l'imprévu a complètement changé le cours des événements.

Le concert suivait son cours et Angel et moi nos échanges entrecoupés de chansons top de Marva comme "It's raining", "Let them shine" ou l'hymne officeux de la Nouvelle Orleans "...". Nous applaudissions de toutes nos mains et ailes. Un beau moment.

Le concert terminé, Angel me demandais si j'avais des tatouages. Il est vrai que mon visage et mes bras vierges laissaient supposer un terrain de jeu idéale pour la Maestro.

Une fois de plus je déclinais gentiment, car l'idée du permanent, de l'indélébile, du "pour toujours" m'a toujours fait réfléchir deux fois, au moins.

Mais je lui proposais de lui rendre visite dans son atelier. Jusqu'à aujourd'hui j'ai beaucoup de respect pour la beauté et l'originalité de certains tatouages.

Moralité:

La rafinesse ne se trouve pas forcément là où l'on la suppose. Angel m'a montré de façon très démonstrative et surtout intelligente que nous avons tous des façons infinies de nous exprimer.

Les centaines de piercing de Angel n'ont pas empêché de nous unir autour des valeurs, à commencer par un goût pou la même chanteuse. Ensuite des valeurs partagées et enfin des sensibilités appréciées. Ces dénominateurs communs multi-couches, sont devenu un langage commun d'une soirée. Parfois nous nous découvrons des systèmes de valeur partagés qui nouent ces liens. Parfois créent des liens pour une vie.

Kitty Carlisle Hart

Smashing Broadway -

A mon arrivée à New York, je faisais certaines rencontres programmées. Initiées par des connaissances ou amis, le cercle s'est agrandit. Une de ces rencontres fut sans doute Kitty Carlysle Hart.

Pour les connaisseurs de Broadway, des Marx Brothers et de comédies musicales, le nom de Kitty Carlysle Hart est un Begreff,

Elle jouait dans "One night at the Opera" des Marx Brothers au moment de son apogée. Ensuite, elle fut mariée à Moss Hart, un des créateurs du fameux "My Fair Lady" avec Audrey Hepburn et Rex Harrison. Une des plus succulentes comédies musicales avec de nombreux tubes comme "Rain in Spain", "Danced all night", "The steet were she lives".

C'était mon amie Justine de la Nouvelle Orléans qui m'arrangeait cette rencontre, comme elle pensait qu'il me fallait quelqu'un pour me protéger à Big Apple.

Kitty Carlysle Hart était une amie d'enfance de Justine.; ce qui expliquait pourquoi la star new-yorkaise ne refusait pas cette demande à Justine.

J'appelle donc la grande Kitty Carlysle et nous convenons d'un rdv dans son appartement à la Upper Hast Side. Pour moi qui habitait la Upper West Side, qui est plus le quartier des artistes, bohémiens, intellectuels ou fauchés (pus vers Harlem), c'était ma première entrée dans l'univers des ultras riches et ultras célèbres.

Une fois Central Park traversé, me voilà dans les quartiers huppés de New York. Le building extérieur rappelait ceux des Rockefeller ou Astor. Un concierge sérieux et avare de mots m’accueillait et me demandait de décliner mon nom. Il appelait Madame pur lui annoncer ma venue. Ensuite seulement pouvais-je accéder à l’ascenseur magnifique en bois sculpté et à la porte en fer forgé. Un voyage dans le temps s’annonçait.

Une fois arrivée, la porte s'ouvrait sur...une bonne qui m'attendait dans l'antichambre du style d'un temple grec. Une petite rotonde en velours rouge avec des niches ornées de statuettes éclairées. La bonne était habillée comme il se devait dans une telle maison. Costume de service noir et petite hotte blanche sur la tête. Ce fut très amusant.

Elle me saluait avec tout le respect qui s doit à un visiteur de Madame et me demandait de la suivre. Nous passions d'un pas lent et révérenciel la "Gallérie photos" de Madame. Des photos en noir et blanc avec Madame et Hoover, Madame et Truman, Madame et Eisenhower, Madame et JFK, Madame et Johnson, Madame et Nixon, Madame et Ford, Madame et Bush Sr, Madame et Carter, Madame et Reagan, Madame et Bush Jr, Madame et Clinton.

Ok, cela était fort impressionnant, mais la question qui me hantait l'esprit: elle a quel age Madame, maintenant?

Inutile de me poser trop de questions, nous étions arrivés dans le salon. Arrive une deuxième bonne, habillée pareil que la première, pour me saluer et m'inviter dans son domaine d'activité, le salon.

Me voilà dans une pièce de 3 fois mon appartement. Et à New York. Partout des chaises raffinées à la française, des Louis XV et XVI, Régence, des commodes Ancien Régime et des fenêtres, Je me rappelle des gigantesques fenêtres et du sofa.

Sur sur le sofa qu'on me priait de patienter pour Madame. Un de ces sofas où l'on est assis à 90°, droit comme une bougie, incapable d’atteindre le dos du meuble, qui de toute façon est tellement bas qu'il ne sert à rien. Donc j'attendais. Et attendais. J'en profitais pour appendre par cœur la liste des Présidents américains. Après tout, ....

Une durée sentie de 3 heures, qui en réalité n'était que quinze minutes, la porte en face de moi s'ouvre avec fracas.

De loin, j’aperçois une figure en tailleur Chanel rose, une chevelure abondante brune et deux pieds. La voilà. Kitty Carlisle Hart. Plus elle se rapprochait de moi, plus elle devenait petite. Je me lève pour la saluer comme il se doit entre personnes bien élevées.

"Hello darling" me dit-elle. "Comment allez-vous?" "C'est donc vous l'amie de Justine?"Et elle s'assoit à la tête d'une longue table, qui me paraissait infinie. Moi sur mon sofa qui me donnait de plus en plus du mal à me tenir droite.

"Je suis tellement heureuse de vous rencontrer, darling"

"Ah ou, me disais.je" Voilà une gentille personne.

"Comment vous vous appelez déjà?"

"Katja, comment Katja, c'est un drôle de nom..." Mais très charming.

Tout à coup le porte en face s'ouvre à nouveau et arrive la bonne numéro 3 avec un plateau en argent sur lequel elle transportait un téléphone.

Pas un téléphone sans fil, mais un modèle en marbre et or avec son support et un énorme câble. Cette sorte de téléphone qu'on pouvait voir dans le film North by Northwest avec Cary Grant qui se faisait appeler lors de la scène légendaire aux chutes de Niagara.

Dans mon film, Kitty Carlisle se fait poser l'engin devant elle, et décroche le combiné´qui devait peser une tonne.

"Hello Darling!" "Je suis tellement contente de t'entendre"

"Oui, je rentre de Floride où j'avais un spectacle"

Moi: Ah oui... mais elle faisait quoi?

" Je chantais mes tubes et ce fut un SMASHING succès. Tus ces jeunes à mes pieds, qui m'acclamaient. Ce fut SMASHING! cela me rappelait la Carnegie Hall, les grands succès d'antan. Tout est toujours là."

Entre temps, je commençais à gigoter sur mon sofa. La liste des Présidents, je l'avais récité plusieurs fois. Et l'appel de Kitty avec Darling continuait.

En fait ce fut un monologue scandé par des moi, moi moi, smashing, smashing smashing, darling darling et moi moi moi.

J’ignore qui était à l'autre bout du fil, mais je compatissais en direct ainsi que mes mollets, mon dos et mes jambes.

J'avoue avoir raté une partie du film qui se déroulait en face de moi, mais mes crampes demandaient toute mon attention.

Tout à coup, l'histoire passionnante se termina par u énorme boum. Kitty Carlisle avait raccroché.

C'est alors qu'elle se rappelait qu'il y avait encre quelqu'un quelque part dans le salon. Et son regard se posait sur moi en me disant "Vous devez m'excuser mais je 'ai encore rien mangé et j'ai une sortie ce soir". Elle tapait fortement sur la sonnette en argent posée devant elle, et bonne numéro 4 entra d'un pas rapide.

"Oui oui, apportez-moi mon goûter. Et 5 minutes plus tard Kitty Carlisle se trouvait devant un belle assiette garnie. Assiette qu'elle dévora avec grand appétit. C'était tellement beau à voir. Entre temps, je me battais sérieusement avec des crampes et commencés à me demander ce que je faisais là. Question qui semblait aussi préoccuper Kitty Carlisle.

Entre deux bouchées, elle faisait du small talk de génie. New York vous plaît? Vous avez des amis? Que voulez-vous faire, pas que je puisse vous aider...

Soudainement le question qui sortait du lot: "Vous aimez l'opéra?" Haha, attention!!!! me disais-je. Faut pas tomber dans le panneau. Je me disais qu'elle voulait faire sa BA pour rapporter l'affaire à Justine.

Et comme une flèche, je répondu entre deux crampes "Ah non, je n'aime pas du tout l'opéra"

"Dommage me disait-elle. Je voulais vous emmener comme j*ai une loge à la Met. Vous auriez pu m'accompagner."

Oui, j'imagine la soirée charmante avec Kitty Carlisle Hart : A night at the Opera.

C'est alors, qu'elle remarquait qu'en fin de compte j'étais toujours assise dans un angle de 90° sur cette chaise de torture et elle me demandait "Vous voulez un cookie?"

Un cookie???? Je n'en croyais pas mes oreilles. Kitty Carlisle Hart me proposait un cookie? Entre petite fille ou chien, je ne savais plus qui j'étais.

Et comme dans un état second, une voix qui sortait de ma bouche répondait poliment et gentiment "Ah oui avec grand plaisir!"

Bonne numéro 4 avait une nouvelle mission. Et quelques minutes plus tard, je tenais sur mes genoux un plateau avec un petite assiette de cookie et un verre de lait. Oui, c'était ravissant.

Pour accompagner mes cookies, Kitty Carlisle Hart me racontait un autre de ses SMASHING succès. Et me demandait si j'aimais les cookies.

En fille bien élevée, je disais qu'ils étaient très bons et si c'était elle qui les avait fait.

A ce moment précis, une éruption apocalyptique s'abattait sur Manhattan et plus particulièrement dans un appartement de la Upper West Side où par chance je me trouvais.

S'en suivent des lignes dignes d'un grand film hollywoodien.

"Vous me demandez si c'est moi qui ait fait ces cookies? Mais darling, je suis une artiste pas une cuisinière. Je ne sais même pas OÙ se trouve la cuisine dans cet appartement" Bing! Et pour le plaisir, voici les mots originaux qui se ont gravés dans ma mémoire depuis "But darling, I am an artist NOT a cook. I don't even know where the kitchen IS in this apartment!"

En suivirent des propose sur la vie de star de Kitty Carlisle. Que son pied n'avait encore jamais touché un trottoir. Qu'elle se déplaçait exclusivement en taxi. Qu'elle était une star.

Ma rencontre avec Kitty Carlysle avait été un SMASHING succès. J''étais à la fois spectatrice et actrice dans un SMASHING film avec la célèbre star hollywoodienne et actrice de Broadway. Un peu une version remastérisée de Gloria Swanson dans Sunset Boulevard.

A la sortie, je me précipitais dans la première cabine téléphonique et appelait Justine à la Nouvelle Orléans.

Alors, elle est comment?"

Moi: "Justine, si vous m'envoyez encore une fois chez une telle personne, je ne vous parle plus"

"Elle est égocentrique et a parlé longtemps de sa vie luxueuse."C'est alors que Justine rigolait tellement fort qu'elle arrivait à peine à dire "Donc elle n'a pas changé. Kitty venait souvent jouer chez nous à la maison. Elle n'avait même pas de chaussures aux pieds. C'est avec son mariage avec Moss Hart qu'elle s'est réinventée une vie amoureuse, un nouvel age et un nouvel accent. Loin de tout ce qui pouvait la trahir comme fille pauvre du Sud.

Morale:

Jouer un rôle. Perdre l'authenticité. Attirer de l'équivalent.

Le diamantaire et sa laitue - Métairie, New Orleans

Justine - I have seen it all, heard it all, done it all. But I can't remember it all !

Métairie, New Orleans

Ultra V - La muse de Andy Wharhol

Le Dalaï-Lama

New York City

Rares sont les rencontres qui vous marquent toute une vie. Qui, le moment-même vous déboussolent et vous irradient. Et vous transportent pendant des mois sur un nuage.

Et pourtant, la Serendipity m’a fait goûter au top du top de son aura, le 29 mai 1997 à New York.

J’avais rendez-vous avec une amie journaliste au Wall Street Journal pour suivre une conférence. On se donnait rdv près de la Cathédrale St John the Divine près de Columbia University, à la 110e rue. Et comme à son habitude, elle était en retard. Un retard dû comme souvent à des Goldman Sachs ou Lehman Brother’s (avant leur faillite historique).

A vrai dire, la journée était bien douce, le soleil se couchait et notre rdv de 18h30 était bien passé. Je déambulais le trottoir, au coin de la 110e rue. J’avais enlevé mes lunettes de soleil, car les rayons étaient si agréables qu’ils fallait les accueillir avec gratitude. Ainsi j’observais patiemment et avec beaucoup d’amusement ce qui se passait au carrefour. Il va sans dire que la vie sur un carrefour est des plus animée. D’autant plus que les terrasses d’étudiants sont constamment en mouvement et qu’un brouhaha agrémentait l’attente.

Je me rappelle avec beaucoup de clarté le va et vient des voitures, piétons et surtout des policiers. Car le quartier était complètement bouclé comme l’invité de la conférence était un invité exceptionnel et de marque pour New York. Le gratin était présent. Le maire Rudolph Giuliani et tout le gotha politique, intellectuel et académique. Mais aussi des personnes comme mon amie et moi, qui voulaient écouter cet illustre personnage. Tout New York était en fête.

Le temps passait, le soleil suivait son chemin et mon amie n’arrivait toujours pas. La conférence avait déjà commencé depuis une heure. Et je faisais toujours les cent pas, et avec beaucoup de plaisir. La scène me rappelait les scènes de rue dans le Roman comique de Scarron qu’on avait étudié avec délectation à la Sorbonne. Et cette juxtaposition du 17e siècle français et de la métropole new-yorkaise m’amusait. En fin de compte, rien n’avait tellement changé. Tout était toujours aussi chaotique, bruyant et sale sauf que les charrettes sont devenues des voitures et les passants portent des habits trendy, répondent au portable et affectionnent des coupes de cheveux stylish.

Mon portable sonne une trentième fois avec des excuses de retard au bout du fil. Normalement un retard de cet ordre m’aurait fait rentrer à la maison, rentrer dans un café ou simplement fait quitter les lieux. Le 29 mai 1997, vers 19h, je me trouvais toujours au même endroit que 2 heures plus tôt, debout, en face de la cathédrale St John the Divine.

Aujourd’hui, je me dis que la Serendipity m’avait retenue. Elle voulait que j’y sois. Impossible de partir car quelque chose de plus grand m’attendait.

Alors que je balançais légèrement sur le bout de mes pieds sur le bord du trottoir, près d’un feu rouge, une voiture noire s’approche. J’ai de ce moment un souvenir d’une légèreté enveloppante.

C’était une limousine, une sedan noire, comme il y en avait tant à New York. Vitres teintées, laque noire immaculée, et qui s’approchait du feu à une vitesse constante, classe sans bruit. Elle donnait presque l’impression de glisser, survoler, d’être en lévitation.

C’est alors que le vaisseau noir s’arrêta devant moi, comme je me trouvais à 2 mètres du feu rouge. Doucement, la vitre noire du côté passager descend et je me trouve en face d’un des plus doux sourires que j’ai jamais vus. Un homme basané, chauve, d’une cinquantaine d’années, aux lunettes métalliques, et portant un habit orange : Le Dalaï-Lama. Le 14e Dalaï-Lama, celui que j’étais venue voir et que j’avais raté à cause d’une amie en retard, se trouvait à moins de 40 cm de moi. Il portait à merveille son kesa orange drapé, ce pallium de sagesse. Mais la sagesse est bien trop pâle et terrestre pour expliquer ce sentiment puissant d’une présence supérieure en face de moi.

Il me regardait droit dans les yeux, des yeux bienveillants, gentils, extrêmement lumineux et brillant. Son sourire était tellement naturel, pas forcé et authentiquement chaleureux. Et voilà que d’un coup, il lève son bras nu et pointe du doigt dans ma direction. Je le regarde hébétée. J’avais l’impression que mes yeux étaient aussi grands que des lacs lunaires. Je me retourne pour voir sur quoi il pointait et le re-regarde. C’est alors il me lance un gentil regard soutenu par un sourire pour m’indiquer qu’il s’agissait de moi. Et il repointe deux fois sur mon front pour me montrer que c’était sur moi qu’il pointait. Amusé et plein de bonnes ondes, il remonte la vitre et s’éloigne dans sa limousine divine.

Pétrifiée, incapable de bouger, je restais plantée telle quelle sur le trottoir. Ne comprenant pas ce qui s’était passé avec moi. J’étais comme remplie d’un souffle divin, d’une énergie colossale dont j’étais incapable de définir la nature. Mais ce jour-là, j’ai vécu un moment de plénitude.

Comment un être humain, est-il capable de provoquer un tel choc à distance sur un inconnu ? Sans parler ni toucher. Un seul regard, un seul sourire et un seul doigt pointé m’avaient complètement chamboulée.

Incapable d’exprimer l’immensité de ce que j’avais vécu, je me déplaçais toute la soirée sur un nuage. Le lendemain au travail aussi. Et encore 3 mois plus tard. Encore maintenant j’y pense et ce geste du Dalaï-Lama me remplit d’un souffle puissant.

Le lendemain au travail, je racontais mon aventure exceptionnelle à un ami bouddhiste qui de suite m’invitait à la maison. Il avait invité d’autres bouddhistes et il va sans dire que ce soir-là j’étais une déesse pour mes amis bouddhistes. Et après j’avais toujours carte blanche avec eux.

Rarement j’ai vu autant d’yeux briller en me regardant. La magie continuait. L’énergie se diffusait. Le flux des bonnes ondes était lancé. Ce rayon positif avait la capacité d’entraîner …

Morale :

Comme un rayon laser, ce moment de Serendipity intense a laissé une marque indélébile. Sans mot ni toucher, la simple énergie générée par l’aura d’une personne exceptionnellement profonde, comme si une constellation exceptionnelle d’atomes avait trouvé son

New Orleans House of Blues

7 pm. Dans une heure le concert commence. Un concert de Marva Wright, la grande chanteuse de Blues. The Queen of Blues comme la surnomment les habitants de la Big Easy. Ou encore BMW. Big Marva Wright. C'est vrai qu'elle a le plus fantastique des coffres vocaux.

Ce soir, j'ai de la visite d'amis luxembourgeois. Ils préfèrent déambuler dans le French Quarter. Pour ma part, pour rien au monde je ne manquerais un concert de ma chanteuse locale préférée. Les gens arrivent au rythme Big Easy. Sans se presser. Avec 98% d'humidité dans l'air, les mouvements sont lents et l'esprit frivole.

A mon arrivée, l'ambiance du presque-prêt est plus électrique que jamais. Petites tables rondes en bois, lampes tamisées, odeur de bière mélangée à une fraîcheur artificielle de l'air conditionné.

Quelques mois plus tôt j'avais déjà rencontré Marva Wright. Dans le fameux Maple Leaf Bar. J'´tais assise tranquillement au comptoir avec ma Abita Beer qu'une dame se met à coté de moi et commande une assiette de chicken wings. Visiblement connu par le barman, elle dégustait les ailes de poulet à la New Orleans, c'est-à-dire avec les mains et en laissant dégouliner la sauce de partout. En voyant ce plaisir de manger, je lui souhaite un bon appétit et lui demande si elle était là pour le concert. "Ma fois oui" ("Heck yes!). "Ah, je lui dit que j'attendais avec impatience la chanteuse Marva Wright, que je n'avais encore jamais vue ni entendue. Elle me répond qu'elle était extraordinaire, car c'est elle Marva Wright. Je n'en revenais pas. J'étais assise au comptoir avec Marva Wright qui mangeait des chicken wings. Serendipity.

Bien entendu nous commencions à nous entretenir. "Comment t'appelles-tu?" me demande-t-elle.

"Katja"Un énorme éclat de rire suivi de "But what the heck is that for a name?" (Mais c'est quoi comme nom ça?)

Je lui disais que je venais du Luxembourg. Et voilà qu'elle me répond qu'elle connaît bien le Luxembourg. Nice little country with friendly people. (Petit pays sympa avec des personnes gentilles)

Très surprise de rencontrer quelqu'un à la Nouvelle Orléans qui connaît bien le Luxembourg ne faisait que renforcer l'idée qu'elle était ma chanteuse préférée. Sans l'avoir entendu. Et la suite m'a donné raison!

Ma soirée au House of Blues. Six mois plus tard, j'attends le, entre temps, énième concert de Marva Wright.

Une seule table de libre devant la scène. Et elle est pour moi celle-là. Je choisis une des 4 chaises, ayant une vue et ouie parfaite, et me voilà en face du micro doré de la chanteuse divine.

Je réponds par un grand sourire...à la chance.

https://www.youtube.com/watch?v=2PgnD-LRjZA